COVID 19 et Endoscopie digestive

Association Tunisienne de Gastro-Entérologie
Mai
2020

Ces informations ont été collectées du consensus d’experts sur les endoscopies digestives élaboré par l’Association Tunisienne de Gastro-Entérologie et publié par l’INEAS le 5 Mai 2020.

Risque de contamination au virus SARS-CoV-2 en endoscopie digestive

  • Le SARS-CoV-2 a un tropisme pour le système digestif. 
  • Le virus a été retrouvé dans les selles et la salive des patients infectés.
  • L’infection à COVID-19 peut s’exprimer dans presque la moitié des cas (48,5%) par des manifestations digestives à type d’anorexie, d’inconfort abdominal, de diarrhée, de nausées et de vomissements.
  • Parce que la transmission interhumaine du virus se fait à travers les sécrétions respiratoires, les aérosols, les surfaces contaminées et les selles, l’endoscopie digestive, pratiquée chez les patients atteints de COVID-19, constitue une procédure à haut risque de transmission du virus.
  • Le personnel médical et paramédical des unités d’endoscopie digestive est particulièrement exposé au risque d’infection puisqu’il est exposé aux aérosols générés lors de l’endoscopie (réflexe de toux généré par l’endoscopie digestive, gaz émis lors de la coloscopie), aux gouttelettes respiratoires, aux projections des liquides biologiques (sang, salive, liquides digestifs).
  • La contamination peut se faire également par le contact avec les surfaces contaminées. Certaines mesures s’avèrent indispensables pour prévenir la transmission de l’infection entre patient –médecin et patient-patient

Indications des actes d’endoscopie digestive en période de pandémie

Urgences

Un acte endoscopique est jugé urgent au cours des situations suivantes : 

  • Hémorragies digestives hautes. 
  • Hémorragies digestives basses abondantes.
  • Ingestion de corps étranger avec dysphagie.
  • Ingestion de caustiques. 
  • Obstacle sur le tube digestif (nécessitant la pose d’une prothèse, volvulus du sigmoïde).
  • Angiocholite et obstacle sur les voies biliaires. 
  • Collections péri-digestives drainables.

Cas particuliers

Ce sont les situations où les patients ne peuvent pas attendre le report des actes endoscopiques de plusieurs semaines.

Elles seront discutées au cas par cas en évaluant le risque pour le patient et la disponibilité des ressources locales (liste non limitative):

  • Anémie sévère par carence martiale.
  • Suspicion d’une première poussée sévère de maladie inflammatoire chronique de l’intestin.
  • Test de dépistage des cancers colorectaux (FIT) positif avec des symptômes cliniques.
  • Diagnostic et bilan d’extension des cancers.
  • Traitement des lésions néoplasiques malignes superficielles.
  • Prévention secondaire des hémorragies liées à l’hypertension portale (ligature, encollage).

Mesures générales du contrôle du risque infectieux

Les patients candidats à l’endoscopie en urgence doivent porter obligatoirement des masques chirurgicaux dès leur arrivée à l’unité d’endoscopie.

Mesures de protection nécessaires lors de la réalisation des procédures endoscopiques

Equipements de protection individuelle

Le port de charlotte qui couvre les cheveux, de lunettes ou d’une visière, d’un masque FFP2, d’une surblouse imperméable avec des manches longues et des poignets élastiqués, d’une double paire de gants à usage unique et des bottes jetables ou en plastique est indispensable pour : 

  • La réalisation des procédures endoscopiques (médecin, infirmier). 
  • Le ramassage du linge contaminé (infirmier). 
  • La désinfection du matériel endoscopique (infirmier).

En cas de patient COVID-19 confirmé, le port d’une combinaison imperméable à la place d’une surblouse et d’un masque FFP2 (ou mieux FFP3) sont indispensables. 

  • Pour les actes nécessitant le port de tabliers plombés (CPRE, pose de prothèses digestives…), les équipements de protection individuelle, y compris un masque FFP2 doivent être mis après le port du tablier plombé qui doit être nettoyé et désinfecté après la fin de la procédure par une lingette ou une compresse javellisée.
  • Après utilisation des équipements de protection, le matériel à usage unique doit être éliminé directement dans la filière des déchets de soins à risque infectieux (DASRI). 
  • Les lunettes de protection ou la visière doivent être nettoyées à l’eau puis désinfectées avec un produit détergent-désinfectant virucide.  

Hygiène des mains

  • Procéder fréquemment à une hygiène des mains par lavage au savon et à l’eau ou par friction hydro alcoolique 
  • Enlever les bijoux (tels que les bagues et les bracelets) et couvrir les lésions cutanées (plaie ou écorchure).

Gestion du matériel contaminé et des prélèvements :

  • Se débarrasser du matériel contaminé (seringue, aiguille, tubulure, abord veineux) dans des récipients des déchets médicaux dangereux selon la filière DASRI.
  • Éviter au maximum les prélèvements biologiques (biopsies). En cas de biopsie, respecter les précautions de manipulation des prélèvements tissulaires.

Désinfection du matériel, des locaux et des tenues de travail

– Le port du masque FFP2 et des autres équipements de protection est obligatoire lors de la désinfection du matériel utilisé.

– Les endoscopes et les accessoires utilisés doivent subir une désinfection rigoureuse :

  • L’étape du pré-traitement, réalisée par l’endoscopiste en salle d’endoscopie immédiatement après le retrait de l’endoscope, expose à un risque d’aérosolisation du virus. Elle doit se limiter à l’essuyage de la gaine par une compresse humide ou mieux avec de l’alcool à 70° (gel ou liquide utilisé pour la friction des mains) et à l’aspiration d’eau.
  • Les recommandations habituelles concernant le transport des endoscopes sales doivent être scrupuleusement respectées, à savoir un transport obligatoire en bacs couverts.
  • Un risque d’aérosolisation du virus pendant le test d’étanchéité et au cours de l’étape de nettoyage manuel est possible d’où la nécessité d’une protection intégrale avec port de masque FFP2 pour le personnel de la salle de désinfection.
  • Privilégier une solution détergente-désinfectante pour l’étape de nettoyage manuel à condition qu’elle soit compatible avec la solution désinfectante pure utilisée pour la désinfection de haut niveau.
  • Dès l’immersion manuelle de l’endoscope en solution désinfectante ou la mise en laveur-désinfecteur automatique, les bacs de transport et le secteur sale de la salle de désinfection doivent subir une désinfection rigoureuse moyennant une solution désinfectante virucide et à défaut par une eau javellisée à 0,5%.
  • Le matériel à usage unique doit être jeté.

– Les salles d’endoscopie, les tables d’examens ainsi que les points de contact et les surfaces contaminées par les projections de liquides biologiques doivent être systématiquement désinfectés par une solution détergente désinfectante en suivant les recommandations internationales.

– Les salles d’endoscopie doivent être aérées de façon systématique entre les actes.